Login | Join HT

Quand un écrivain haïtien rejette une décoration décernée par un président haïtien

Le six juin dernier, deux jours avant l’ouverture de la 18ème édition de Livres en Folie, le président haïtien, Michel Martelly, a décoré dans les jardins du palais national un groupe d’écrivains haïtiens dont Georges Castera, Georges Corvington, Frank Etienne (Frankétienne), Odette Roy Fombrun. Deux autres ont été honorés à titre posthume. Il s’agit de Paulette Poujol-Oriol et Georges Anglade, le célèbre géographe et écrivain haïtien décédé lors du séisme du 10 janvier 2010. Un troisième, Anthony Phelps, ne se trouvait pas en Haïti ce jour-là.  Le 15 juin dernier, il faisait parvenir au quotidien Le Nouvelliste une note expliquant que le 4 juin, il avait reçu un courriel des services de la Présidence lui signifiant qu’il sera honoré en compagnie d’un groupe d’écrivains par le président Martelly.  La réponse d’Anthony Phelps a été un retentissant « non » !

Est-ce une première en Haïti qu’un écrivain rejette un Prix ou une décoration littéraire qui lui est décernée par le chef de l’état ? A ma connaissance, oui. Selon Haïti Référence http://www.haiti-reference.com/arts/prix.php  qui se présente comme un guide de référence sur Haïti, il n’y a eu qu’un seul cas de rejet de prix par un écrivain. En fait, ce n’était pas un écrivain mais une journaliste, et le prix n’était pas décerné par un président. La journaliste était Liliane Pierre-Paul, journaliste de radio Kiskeya qui avait refusé en 2003 le prix Jean Dominique de la Presse, dans la catégorie article ou émission. Selon Haïti Référence, Mme Pierre-Paul avait refusé ce prix pour des raisons personnelles.

Le rejet de la décoration qui devait être décernée par le président Michel Martelly à l’écrivain Anthony Phelps a fait grand bruit dans les milieux intellectuels haïtiens et a traversé les forums de discussion avec un éclat particulier. Comment faut-il considérer cet événement ? Pourquoi cela s’est-il fait maintenant ? Pourquoi a-t-il fallu que ce soit Phelps qui refusât cette décoration ? En ce qui concerne le président haïtien et son passé notoire, déclaré, fier, d’« anti-intellectuel » qu’est-ce qui lui a pris tout à coup de vouloir jouer au protecteur de « l’intellectuel et de l’artiste » ? Ces questions méritent d’être posées et il appartient à tout le monde d’y réfléchir. Je doute que l’Haïtien moyen ou les membres des classes populaires et paysannes englués dans leurs luttes quotidiennes de survie y consacrent quelques minutes de réflexion, mais qui peut les blâmer ? En revanche, tous ceux et toutes celles qui ont à cœur de voir un état de droit s’établir en Haïti et qui ne sont pas obligés de penser uniquement à leurs strictes conditions de survie en Haïti ou même dans l’émigration devraient en tenir compte.

Presented by

Join Haitian Times

Join the Discussion